31 juillet 2006

Le sel de la vie

Juste quelques mots: je vous invite à lire le commentaire ajouté par M. Camille sur le post "De saint époux", et à en discuter ensemble. Mon ami philosophe soulève, comme d'habitude, des questions qui me sont chères. Et y répond avec toute la subtilité de son esprit. Quelle joie de pouvoir retrouver nos échanges par le biais blogesque.
Bonne cogitatio à tous!

Jésuitement vôtre

Je souhaite à tous, amis et détracteurs, une excellente fête de St Ignace de Loyola!

Spéciale dédicace, évidemment, aux accros des exercices spi et aux amoureux de St Dominique...
En particulier en cette année jubilaire, je ne doute pas qu'il n'intercède sans relâche pour nos vocations diverses et variées. Qu'il nous aide à grandir en rigueur et en intégrité dans notre engagement pour le Christ et la Gloire de Dieu!

Le sens du réel et le sens du possible

Quelle joie de retrouver l'amical et facétieux esprit de M. Camille! Il ne laisse pas de me manquer. Je venais justement, aujourd'hui, de prendre de ses nouvelles par l'intermédiaire du blog de sa douce. Le réel semble vous résister par le biais de cette pénible institution qu'est l'éduc'nat', comme disent les intimes. Soirée en demi teinte pour cause de mauvaises nouvelles. L'Esprit, toutefois, ne chôme pas.
Qu'est-ce que la philosophie, sinon une technique d'apprivoisement du réel? Un outil qui n'a d'autre but que d'ordonner notre esprit? Parallèlement, notre âme a soif de vérité, notre âme a soif de Dieu. La philosophie ne me semble pas tant être une fin qu'un moyen: celui qui permet à notre esprit de comprendre le monde où notre corps s'inscrit. La fin, c'est bien notre âme qui la possède en puissance: glorieuse réalité de la présence de Dieu au coeur du monde. Présence qui n'a de sens que parce qu'elle nous accompagne. Si Dieu est la seule fin vers laquelle nous tendons de tout notre être, le problème est bien là: il faut vivre sur cette terre, il faut vivre cette vie. Comment, avec quels moyens? De là, la vocation de la technique philosophique: elle nous aide à comprendre le monde pour y trouver notre place. Et peut-être, nous apprendre à nous laisser accompagner par Celui qui nous attend depuis toujours.
Good night!

29 juillet 2006

Plaisir et bonheur, amour et affection ou; de l'intérêt de philosopher

Il y a des jours ou je me félicite sincèrement d'avoir fait le choix incongru d'étudier la philosophie. Outre le plaisir un peu pervers de parvenir quasi infailliblement à démontrer la justesse de mes opinions, grâce à des raisonnements plus ou moins bien emballés, j'avoue me laisser aller au petit bonheur de l'épate, genre: la réflexion révélatrice qui laisse votre interlocuteur baba. Cher Alexis, vous êtes si bon public que je reconnais en abuser un peu avec vous. D'où un retour sur cette petite formule qui fit mouche, au cours d'un nouveau débat autour de cette fameuse notion de prochain : "toute affection n'est pas de l'amour".
Distinguons bien les mots. Coupons les cheveux en quatre. Si le Christ nous invite à aimer notre prochain, ce n'est certes pas sur le mode affectif, mais sur le mode de la charité. Cette charité qui se vit, selon la belle pensée de S. Weil, sur le mode impersonnel de la miséricorde de Dieu qui fait tomber la pluie et briller le soleil sur les bons et les mauvais, les justes et les injustes. D'où, différents degrés de "prochains": celui qui est proche affectivement de moi, celui qui ne l'est pas... D'où également une transfiguration de la dimension corporelle de l'amour, comme le faisait justement remarquer Jean-Sébastien. On ne renonce pas à un plaisir lorsque l'on choisit d'ordonner sa sexualité selon une règle de chasteté: au contraire, on donne au plaisir sa vraie dimension, celle d'une communion exclusive entre deux êtres donnés l'un à l'autre.
Quelques précisions, sur ce je vous souhaite une bonne nuit et félicite les différents protagonistes de ce blog pour ma qualité des échanges.

26 juillet 2006

De saints époux

Au menu de la liturgie aujourd'hui, fête de Ste Anne ET de st Joachim, son époux, parents de la Vierge Marie.
Cette occasion se prête à quelques conjonctures sur la sainteté des époux. Singulière question à cette saison, qui voit se succéder dans les églises les mariages, plus ou moins spirituels et plus ou moins folkloriques... Pourquoi ne parle-t-on que très peu aux gens peu informés de notre foi, de la sainteté du mariage?


Et pour cause, ils ne sont pas légion, les couples portés aux nues de l'exemplarité par la sainte Mère Eglise! Et pourtant, notre monde ne verrait-il pas dans une telle mise en avant un signe de l'amour plus accessible au "profane" que les folies des mystiques et des apôtres, missionnaires et reclus, anachorètes et prophètes en tous genres dont le calendrier regorge?
Les problèmes et les joies du couple, voila pourtant un sujet qui concerne tout le monde, sans doute plus que l'évangélisation des terres lointaines, la rédaction de sommes théologiques, la prière quotidienne ou la réforme du Carmel... Alors, pourquoi ne pas toucher les gens à partir de ce qu'ils vivent? Notre cher Saint Père a su montrer, dans cette fameuse encyclique sur laquelle je ne peux m'empêcher de revenir, combien l'union sacramentelle des époux était icône de l'amour du Christ. Il reste peut-être à manifester aux yeux de nos contemporains, par la béatification et la canonisation de saints époux, que l'Eglise n'est pas une secte de frustrés composée principalement de vieilles filles, de célibataires endurcis ou d'homosexuels contrariés (je suis violente, mais ça peut s'entendre!).
Bonne nouvelle, Jean-Paul II a commencé le travail en béatifiant un couple italien (au moins un, à ma connaissance), je vous invite à prier pour le procès des parents de la petite Thérèse, et à demander l'intercession, au coeur de vos vies sentimentales, des saints époux qui ont déjà rejoint le Père. Qu'ils nous aident à comprendre le mystère eucharistique au coeur de la vocation du mariage, dans sa splendeur et ses croix quotidiennes!
Ill. Le baiser d'Anne et Joachim à la porte dorée, Giotto

18 juillet 2006

La passion du Vivant

Quand j'étais une petite fille, mon papa avait une belle moissonneuse jaune TF42. Parfois, j'allais avec maman au Crébit ABRicole pour chercher des sous: lieu fascinant, où "les monsieurs ils ont des cravates et ils sentent bons"! Si différents de mon papa, en cotte ou en short, avec ses croquenots de sécurité ou ses espadrilles, l'été.
Aujourd'hui, j'ai 21 ans. Mon papa a changé la moissonneuse jaune pour une John Deere! Verte, énorme, monstrueuse, elle me fait penser à Moby Dick. Je ne vais plus au Crédit ABRicole avec un petit frisson dans le dos. C'est désormais mon travail, avec des monsieurs en cravates. Qui l'eût cru?
D'aussi loin que je me souvienne, mon papa a été pour moi l'image de l'amour du vivant. Il nous mimait, avec son pouce sous la mousse du bain, le petit germe de blé qui sort de terre, parlant de cette vie d'un ton juste. Nous emmenait dans les champs et nous montrait comment marcher entre les rangs de blé pour ne pas écraser les pieds.
Je me souviens aussi d'un cheval que nous allions voir, pendant des vacances je ne saurais plus dire ou ni quand. C'était un cheval magnifique de joie de vivre. Il riait sans cesse et se roulait dans le pré avec un enthousiasme dévastateur. Dès que nous arrivions, il galopait vers nous. Nous lui disions "Bonjour, Cheval!" et il aimait beaucoup le petit châle en crochet jaune que m'avait confectionné mémé. Il l'aurait bien mangé!
Le contact de papa avec les animaux me renvoie à la miséricorde divine pour toutes les créatures. Son amour de la plante, vivante et ressuscitée chaque année par le rythme profond de l'univers, me donne bien à méditer sur la Résurrection du Christ, et sur celle, finale, de l'humanité. Papa rejoint dans mes pensées Emmanuel Falque nous décrivant le retable de Beaune et la "germination" des ressuscités, les corps qui soulèvent la croûte terrestre...
Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas,
il reste solitaire et ne porte pas de fruit.

16 juillet 2006

Mythologies estivales

Parmi les petites mythologies qui font de la vie quotidienne une fête, le 14 juillet occupe une place de choix. Démonstration en trois points.
1) Magie de la lumière : sur la plaine où murissent les derniers épis, quelques moissonneuses sont à l'oeuvre, tous feux allumés, soulevant des nuages de poussière. Et, au loin, de part et d'autre, surgissent les merveilleuses couleurs des feux d'artifice. Autour de moi, l'air est encore chaud, on s'y déplace comme dans un vêtement soyeux. On se sent, intensément, vivant et heureux.
2) Le bal des pompiers : la fête populaire par excellence, ajoutez à celà la mythologie du soldat du feu arrosée d'un peu de bière et la soirée s'annonce plutôt bien. Alors, en plus, quand les pompiers en question nous font un incroyable numéro de chippendales depuis le toit de leur caserne, on reste coite. Mais pourquoi, nous demande un jeune homme assez décalé, les bals des pompiers sont ils si populaires? Eh eh eh, quelle question. Enfin, il ne faut pas tenter une conversation de plus de deux minutes; pas grave, en fait, on n'était pas vraiment là pour débattre sur la conjoncture actuelle!
3) Le verre de l'amitié à la commune : mon grand-père en a si bien profité que pour une fois, je ne peux plus l'arrêter dans ses discours d'habitude si rares. Tant mieux, et on est partis à regarder les photos de l'Allemagne et de l'Algérie. Je suis fière de mon papi qui fait le guignol devant le poste de garde avec un balai et qui pose gaillardement avec son clairon et de belles guêtres blanches. Pour une fois qu'on discute, je devrais lui payer l'apéro plus souvent, d'ailleurs, il déplore mon absence, il m'aurait emmenée!
C'est l'été, et la vie est si belle quand on a vingt ans que ce serait péché de ne pas en profiter. Pique niquant avec l'ami tarte, devant nos amis wallabies, par ce temps magnifique, nous avons appliqué cette devise, avec la joie d'être amis dans le Seigneur.

24 juin 2006

Un moment d'action de grâce

Chers amis, je profite de ma pause de midi tranquille, dans mon espace accueil "boutic'action" - comme on dit à Centre Loire - pour m'émerveiller des échanges et des véritables liens d'amitiés qui sont en train de se nouer sur ce blog. Ce qui me frappe le plus, c'est l'expression de la joie dans tous ces messages, la joie de découvrir et de comprendre quelque chose de Dieu, de rencontrer l'autre et de partager. Une vraie joie qui éclate dans chaque mot : elle me porte dans mon quotidien!
Encore une fois, le Seigneur nous surprend: Il vient toujours nous chercher là où nous ne l'attendions pas! Tout cela est incroyable. Je propose une prochaine rencontre blogesco - oecuménique afin de concrétiser ces échanges. Echanges qui me deviennent d'autant plus essentiels que ma vie écclesiale va désormais se limiter à un échange avec moi-même puisque mes grandes amitiés spirituelles sont loin de moi... et que mon engagement paroissial sera.. rural, donc tendance maison de retraite et Action Catholique (je n'ai rien contre, notez le bien, mais il y a quand même un certain état d'esprit lié à ça, il faut s'adapter...)
Alors, à quand une virée ou un pèlerinage placés sous le patronage de st Musil (il ne faut tout de même pas oublier que c'est ce vieux Robert qui fut le prétexte du blog... on l'oublie, on l'oublie, l'homme sans qualités!) ? En attendant, je vous embrasse tous avec beaucoup de JOIE, car la joie est bien le don de l'Esprit qui manifeste la présence de Dieu dans notre quotidien... Alors abusons sans culpabilité aucune.

19 juin 2006

Du docétisme en matière de mariologie

Je reviens sur quelques questions « mariologiques » qui me sont chères – qui plus est, au lendemain de la fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang de notre Seigneur. Cette fête vient nous rappeler, au cœur de l’année liturgique, que l’aboutissement du le mystère de l’Incarnation se trouve dans l’eucharistie. Le Christ prend corps humain (à Noël) afin de transfigurer cette corporéité en un DON (à Pâques) à son Père, par amour pour nous et pour Lui. Dès lors, l’acte de communion eucharistique est l’acte d’incorporation par nous de ce corps qui nous transforme de l’intérieur, qui nous façonne. La communion eucharistique est réellement un corps à corps entre le Christ et nous.


Mais alors, que vient faire la Vierge Marie dans tout cela ? Et d’abord, pourquoi toujours tout ramener à la Vierge Marie ? Encore ces manies des catholiques qui mettent la Vierge à toutes les sauces, et qui en font une personne plus importante encore que Jésus… Je pense au contraire, que Marie nous aide à comprendre intimement le mystère de l’incarnation, et par là, le mystère eucharistique. N’oublions pas que Marie a vécu la première la communion eucharistique en recevant dans sa chair même le corps du Rédempteur. A partir du moment où elle lui donna la vie, la Mère de Jésus lui fut unie intimement, en communion à chaque instant : en témoigne la Passion, et son Assomption glorieuse. Ainsi, lorsque nous oublions la corporéité et l’humanité de Jésus – que nous en faisons un fantôme, à l’instar de l’hérésie docète – nous faisons également de Marie une « Dame Blanche », une déesse aux pouvoirs merveilleux.

Attention ! Marie est avant tout l’eucharistie nécessaire à la naissance de Dieu au cœur de l’humanité : en effet, elle donne son corps et son sang à Dieu lorsqu’elle accepte d’être fécondée par l’Esprit Saint : elle achève par son obéissance le cycle des offrandes et des sacrifices de l’ancienne alliance, en se donnant corps et âme à son Dieu, permettant ainsi l’ultime sacrifice du Fils. Marie nous montre la réalisation de la vocation eucharistique de la personne humaine, dans son union corporelle à Jésus : elle est la fille d’Israël qui a fait du Seigneur sa maison, et qui devient la maison de Dieu ; en ce sens, elle est la Mère de l’Eglise, le lieu du culte de louange à Dieu. Comme celui de Marie, notre corps est apellé à devenir lieu du culte divin...

16 juin 2006

Aller plus haut, aller plus hau-aut…

Répondant à la remarque dépitée d’Alexis, me reprochant un silence d’environ 10 jours, je prends quelques minutes de mon précieux temps pour vous donner quelques précieuses paroles – une manne, dites vous ! Il est vrai que le temps c’est de l’argent, mais on dit aussi que la parole est d’argent et que le silence est d’or… Que de circonlocutions pour en arriver au fait ! Enfin, vous me flattez, cher ami, comme si mon orgueil n’était pas suffisant, hum hum : puisqu’il le faut, puisque vous m’implorez et déplorez ce silence ; soit ! Je parlerai donc.
Ceux qui me sont les plus proches ne sont pas sans savoir que ma vie a pris un nouveau sens depuis mercredi. Effectivement, enfin, je vais pouvoir aller plus haut ! J’ai rencontré celui qui donne à mes journées une nouvelle direction, qui me fait faire des projets fous, qui m’occupe constamment. Il est grand, beau, et sent bon les euros : il s’appelle Centre Loire, et j’ai décidé qu’il était un homme, car, décidément, je crois qu’il m’est impossible de concevoir pour moi une vie qui ne serait pas polluée par un de ces sinistres spécimen. Je vous explique. Rien de tel, après s’être pris un bon gadin amoureux, qu’un plan ORSEC estime de soi-pouvoir de séduction-confiance en l’avenir etc. Or, après mes déboires, en plein désespoir, qui se présente à moi ? Centre Loire. Ni une ni deux, je l’accroche, je le drague, je l’embobine, et hop, c’est plié : on va très bien se comprendre, lui et moi. Vous vous inquiétez peut-être, vous me croyez abusée par un bellâtre qui me décevra… Ah ah, mais nous avons déjà signé un papier tous les deux ! Un joli papier avec écrit: si tu veux, c'est pour la vie... Les évènements sont rapides certes, en tout cas, il tient déjà à moi (lui, au moins, ndla…). Et puis, je suis toujours libre... et surtout, toujours moi-même.
Bref, tout ça, c’est chamboulant. Je n’en pense pas moins à vous. Et au Christ, bien sûr, au centre de tout. Ce dimanche sera une grande fête, celle du Saint Sacrement. Je vous invite à y méditer, ce soir, accompagnés dans la prière par st Jean-François Régis que nous fêtons aujourd’hui. Et je vous confie André et Anne Marie, en action de grâce. Pax – et pas de gaudrioles, tout de même !

04 juin 2006

D'inquiétantes perspectives

Je vous renvoie - vous retrouvez mon tempérament militant - à un lien fort édifiant; mais, pour une fois, mon militantisme et ma volonté d'information ne concernent pas le champ "catholique" ... mais "agricole" !
N'y voyez pas une influence quelconque de mon futur employeur (eh eh eh) ; bien plutôt de mon attachement à ce milieu dans lequel je baigne grâce à mon ascendant paternel! Une occasion pour toi de découvrir, cher lecteur, les réalités d'un monde sur lequel circulent de nombreux préjugés et fantasmes médiatiques. Réalités pas très réjouissantes, hélas, un monde passe: celui du rural, j'y reviendrai sûrement sur ce blog, avec l'appui de S. Weil évidemment.
Mais ne vous attristez pas, vous pouvez vous projeter dans une perspective bien plus rigolote: Ulrich en pleine moisson, au volant d'un ENORME tracteur! Bah oui, j'en suis si fière de mon frérot...

03 juin 2006

31 mai 2006

Jean Genet à Tours

Je n'ai pas vu l'expo dont tout le monde parle, qui se tient en ce moment au musée des beaux arts de Tours. Cependant je trouve dans cet évènement - et dans mon incapacité à faire ce que j'ai à faire de façon urgente - l'occasion de ressortir un petit livre que m'avait offert ma chère marraine - qui ne l'était évidemment pas encore - il y a 5 ans: l'atelier d'Alberto Giacometti, de Genet, publié aux éditions de l'Arbalète.
Très beau livre sur tous les plans, écriture, photos, sensibilité charnelle de la scupture. On comprend les termes de l'amitié entre les deux artistes: rencontre de deux solitudes qui se parlent par oeuvres interposées. De nombreux textes peuvent constituer la source de méditations. Je vous en livre un particulièrement beau de brutalité.


Il y a quatre ans environ, j'étais dans le train. En face de moi, dans le compartiment un épouvantable petit vieux était assis. Sale, et, manifestement, méchant, certaines de ses réflexions me le prouvèrent. Refusant de poursuivre avec lui une conversation sans bonheur, je voulus lire, mais, malgré moi je regardais ce petit vieux: il était très laid. Son regard croisa, comme on dit, le mien, et, ce fut bref ou appuyé, je ne sais plus, mais je connus soudain le douloureux - oui, douloureux sentiment que n'importe quel homme en "valait" exactement - qu'on m'excuse, mais c'est sur "exactement" que je veux mettre l'accent - n'importe quel autre. "N'importe qui, me dis-je, peut-être aimé par-delà sa laideur, sa sottise, sa méchanceté".
C'est un regard, appuyé ou rapide, qui s'était pris dans le mien et qui m'en rendait compte. Et ce qui fait qu'un homme pouvait être aimé par-delà sa laideur ou sa méchanceté permettait précisément d'aimer celles-ci. Ne nous méprenons pas: il ne s'agissait pas d'une bonté venant de moi, mais d'une reconnaissance. Le regard de Giacometti a vu cela depuis longtemps, et il nous le restitue. Je dis ce que j'éprouve: cette parenté manifestée par ses figures me semble être ce point précieux où l'être humain serait ramené à ce qu'il a de plus irréductible: sa solitude d'être exactement équivalent à tout autre.

30 mai 2006

O Jeanne, priez pour la France!

Nous fêtons aujourd'hui ste Jeanne d'Arc, patronne secondaire de la France.
Ce qui me rappelle un refrain bien connu des tourangeaux...
Alors, prions pour la France! Ce n'est pas si ridicule, elle en a bien besoin, et si nous ne le faisons pas, ce n'est pas les voisins qui le feront! (Rires, rires).
Et puis, honnêtement, il vaut mieux prier Jeanne que Ségolène ou Nicolas : c'est plus sûr, non? Peut-être pouvons nous confier à cette militante le futur proche de nos élections!
Bonne journée!

29 mai 2006

Les wallabies ont-ils une âme?

C'est une question qui me taraudait - non pas par un sentimentalisme morveux du genre indigné "mais enfin vous le voyez bien dans son regard espèce de sans coeur que cette petite bête a une âme" - mais à propos de la résurrection, en fait.
Ceux qui me connaissent bien ne manquent pas d'être surpris par mon émerveillement continu devant ces sympathiques marsupiaux. Toujours mes questionnements falquiens, dont mon ami tarte préféré se fait le complice et ne manque pas d'éclairer les zones d'ombres. Alors, quel genre d'âme ont les wallabies, et, en conséquences, sont-il apellés à ressusciter? En tant que créatures réglées par un instinct, ils ne sont pas libres, et ne sont pas pécheurs. Mais pour autant, n'allons pas trop loin; dans ce genre de cas, rien ne vaut l'ordre de st Dominique, et c'est St Thomas, encore et toujours, qui est venu mettre au clair tout cela et rafraîchir mes souvenirs aristotéliciens.
Evidemment, comme le souligne la question 75 de la prima pars de la Somme Théologique, rappellant le Peri Psuchès du Stagirite, l'âme des bêtes n'est pas subsistante en elle-même. les animaux ne disposent que des fonctions nutritives, motrices et sensitives de l'âme. C'est le propre de l'âme humaine, qui est intellectuelle, d'être incorporelle et subsistante. Donc, pas d'hésitation: les bêtes n'ont pas d'âme immortelle.
Elles seront donc exclues de la nouvelle création? Pfffffffffff ça me contrarie. Le paradis sans wallabies? Il est vrai que la pleine possession de Dieu nous suffira! Mais elle serait réservée à la créature douée d'intelligence?
Je sens que je tends vers l'hérésie! Pardonnez moi; la nuit porte conseil: que Dieu vous garde des tribulations de l'imagination. Pax.

27 mai 2006

Attache moi! Chroniques de mes lectures

Ca y est, je suis une vrai littéraire : j’ai enfin lu – et en entier, s’il vous plaît, le Rouge et le Noir !
Après cette cynique et grinçante lecture, ne sachant plus à quel saint me vouer, j’ai avisé un Camus qui traînait depuis cinq ans sur ma bibliothèque. Je dis « sur » parce qu’il n’est pas « dans » : il n’y a pas encore de place. J’hésite fort à en trouver une à un livre avant de l’avoir lu, et mon expérience de lecture de l’étranger ne me laissait pas augurer mieux de celui ci (lu en 40 tristes minutes dans le train, m’a laissée complètement désabusée).
Effectivement, devant mon manque d’enthousiasme après l’ingurgitation des 80 premières pages de la Peste (il y en a quelque chose comme 230, quand même), mon frère Ulrich, connaissant l’influence de la littérature sur mon état général, et l’influence de mon état général sur l’ambiance locale, me tendit avec un air engageant un petit volume au titre malicieux.

Je me suis donc plongée dans Gros-Câlin, de Romain Gary, alias Emile Ajar, dont je n’ai fait qu’une bouchée. Une bouchée qui sera digérée avec soin !
Je vous passe les détails de l’intrigue, amusante et décalée, que je vous laisse découvrir par vous même pour plus de plaisir. Ce qui importe, c’est que ce roman facétieux touche juste, dans toutes ses exagérations et ses caricatures. J’ai rarement lu dans une langue aussi belle et aussi libre une telle réflexion sur la difficulté de s’accepter, le besoin de tendresse et d’amour, en bref sur la capacité d’attachement de l’être humain. Et sur le tête à tête avec soi-même…
« Je fus tiré de mon bain par un coup de téléphone, c’était naturellement une erreur, et à force de répondre toujours « c’est une erreur », je commence souvent à me sentir comme ça, je veux dire, comme une erreur. Je reçois un nombre incroyable d’appels téléphoniques de gens qui ne me connaissent pas et ne me demandent pas, je trouve ces tâtonnements à la recherche de quelqu’un très émouvants, il y a peut-être un subconscient téléphonique où s’élabore quelque chose de tout autre » (p. 161, édition Folio).

26 mai 2006

Ceci n'est pas une plaisanterie

Je souhaite à tous

les joyeux drilles,

les blagueurs et les plaisantins,

les taquins et les facétieux;

mais aussi à tous les mornes et tristounets,

une bonne fête de Philippe Néri!

Bon week-end.

25 mai 2006

Prenons de la hauteur!


Je souhaite à tous une très bonne fête de l'Ascension.
Ce matin, le père Rimbault nous invitait à "prendre de la hauteur avec le Christ", lui qui emporte les angoisses et les souffrances de notre humanité vers le Père dans son ascension vers le ciel. Et de nous rappeller la nécessaire horizontalité du "lien de la paix" qui unit les hommes: au moment de la verticalité de cette ascension, le Christ bénit ses amis, soulignant cette dimension "horizontale" de l'amour qui encore une fois, n'a pas d'autre source que Lui.
Alors, prenons de la hauteur avec le Christ!
Et laissons nous envoyer par lui vers nos frères dans ce lien de la paix. L'urgence de la charité et du pardon se fait sentir!
"Ayez beaucoup d'humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à coeur de garder l'unité dans l'Esprit par le lien de la paix" Eph. 4.

24 mai 2006

La passion de la prédication


Alors que enfin, j'ai mis un terme à ce travail intellectuel et spirituel porté depuis des mois, je crois que l'Esprit m'a donné aujourd'hui les mots de l'action de grâce.
L'ordre des prêcheurs célébrait, en ce 24 mai, la fête de son père Dominique. L'occasion de revenir sur le travail de la prédication qui est le charisme de l'ordre, grâce à une très belle homélie, offerte par un frère âgé, le frère Dominique. La vocation particulière du jeune st Dominique a pris naissance lors de la fameuse rencontre avec l'aubergiste hérétique cathare, à Toulouse. Dominique, jusqu'alors, avait étudié la Parole et la théologie.
Ce jour de la rencontre avec l'autre est celui de l'accomplissement de cette étude dans ce qui constitue sa seule fin: la prédication en vue de la conversion.
Pourquoi étudier la parole si ce n'est pour se rendre toujours plus capable, toujours plus brûlant de la passion de la proclamer? La joie reçue, l'adoration du Seigneur qui naît du travail intellectuel ne sont certes pas une fin en soi, même si elles constituent une offrande de notre personne à la gloire de Son nom. L'étude, la recherche, sont autant de façon de contempler Dieu, et de le proclamer aux hommes de bonne volonté. Et c'est bien le sens de tout travail: une eucharistie, action de grâce envers Dieu, offrande de soi en vue du salut de ses frères. Par mon travail, je veux me donner à Dieu pour l'autre. Dominique était tenaillé par l'angoisse de la perdition des pécheurs. Combien plus grande était sa passion de la prédication!
Quelle joie pour moi d'avoir terminé ce travail: j'en fais offrande au Seigneur, que son ange vienne le déposer sur son autel saint, et... qu'il me préserve de l'orgueil qui est si prompt à surgir! Je n'ai pas fini de rendre grâce d'être tenue par cette passion de la prédication, cette joie de la contemplation de la VERITAS, contemplation dans laquelle l'alliance des yeux de l'intelligence à ceux de la foi donnent relief aux réalités naturelles et surnaturelles, les restaurant dans leur sens originel, leur sens pur... Puisse ce travail être utile à ceux qui, autour de moi, cherchent à mieux connaître le visage de Dieu.
In pace Christi, good night...
... en communion avec la famille dominicaine, à Tours, au ciel et ailleurs

21 mai 2006

Des bricks à la sauce caillou

Après un week-end passé à ripailler selon des modalités très rabelaisiennes, je crois pouvoir affirmer que mes amies et moi sommes bonnes à marier - l'ami tarte pourra, en toute honnêteté, le confirmer. Que préférer entre la mousse au citron de Ségolène, le caramel et les galettes d'Emilie, sinon mes bricks à la sauce caillou (hi hi hi)?
Ce petit jeu de mot plaisant me vient directement de l'esprit espiègle de mon papa, alors ne riez pas. Ceci étant dit, je vais faire un geste pour l'humanité en rendant publique cette simplissime recette qui épatera vos amis.
Faites vos courses: achetez un paquet de feuilles de bricks (en grandes surfaces, rayon frais avec les pâtes à tarte, ou magasins orientaux) - environ un euro dix.
Puis, pour la garniture, laissez parler votre imagination: thon et herbes liés avec des oeufs, chèvre et poires, pommes de terre et poireaux, amandes en poudre et miel, sardines parfumées, etc, etc. L'inconditionnel étant la viande hachée de boeuf assaisonnée copieusement d'oignons, de cumin et de piment (un délice!). L'essentiel est de bien égoutter les ingrédients pour que la farce soit bien compacte, et de bien la lier avec des oeufs si besoin.
Passez au travail d'origami: coupez les feuilles de brick en deux. Pliez la moitié obtenue en deux (côté brillant contre le plan de travail), placez un paquet de farce au bout de la feuille pliée et rabattez successivement la feuille pour former un triangle que vous fermerez en glissant l'extrémité de la feuille sous un pli. Très simple, je vous jure!
Vous faites frire tout ça dans une poêle bien chaude avec de l'huile de pépin de raisins (bien meilleure pour la santé que l'huile d'arachide, ndlr) et vous déposez sur un papier absorbant - surtout, servir chaud, mais vous pouvez les réchauffer dans une poêle sèche si il en reste!
Bon appétit! Oh, et, ça y est, il est minuit, alors je peux vous souhaiter à tous
BONNE FETE DE STE RITA!
Pax, gaudium, et appetitus.