Ce blog va probablement rester en sommeil quelques temps, voire, qui sait...
01 septembre 2008
10 août 2008
Impossible serment
Quel monde merveilleux que le nôtre, où l'on peut trouver en livre de poche le Journal de Jean-René Huguenin, le lire, somptueuse soirée, en écoutant Satie en boucle, vivre, vivre, vivre!
Publié par
Sémiramis
à
22:22
33
commentaires
Libellés : Littérature
05 août 2008
Orges et chaumes fraternelles
Après une petite promenade en tracteur nous voici à la ferme où il s'agit de déterminer si, oui ou non, il reste assez d'espace disponible dans la cellule pour stocker l'orge qui vient d'être récoltée. Admirez la précision de la manoeuvre arrière tractologique...
Temps superbe au retour. Les récoltes d'orge sont très bonnes cette année!
Publié par
Sémiramis
à
23:18
5
commentaires
25 juillet 2008
Trêve estivale
Vacances, j'oublie tout!
Déjà relayée par Didier, l'intéressante interview de Renaud Camus dans le Point.
Investissez 20 € dans le DVD de L'île, sorti en français. Pavel Lounguine tourne en ce moment une super production tyranniquement russe... sur Ivan le Terrible! ça va saigner...
Une excellente chronique de Julliard dans l'Obs de la semaine dernière.
Série d'été intéressante dans le Monde des Livres, de beaux articles sur des livres mythiques, dont Tristes Tropiques.
Histoire de pimenter sa vie de couple, une liste amusante et intéressante dans... le Pèlerin magazine! Encore mieux que les Cosmo tests...
Je suis de retour le 4 août, avec la suite de la série estivale parisienne, et peut-être deux ou trois choses intelligentes - mais rien n'est gagné!
Publié par
Sémiramis
à
23:59
5
commentaires
Libellés : Douce France
16 juillet 2008
Tag-time
Yves et Natacha au square.
2) Vos lectures préférées lorsque vous étiez enfant ?


3) Aimez-vous la lecture à haute voix ?
La Légende de saint Julien l'hospitalier, de Flaubert.
5) La meilleure adaptation d'un roman ou d'une pièce de théâtre ?

C'est un principe hygiénique chez moi: la littérature féminine aux chiottes. Donc, des piles de Glamour et Cosmopolitan.

8) Avez-vous plusieurs lectures en chantier ? Combien ? Lesquelles ?

Char, les Feuillets d'Hypnos, grand moment de la fin de mon adolescence, et le reste.
10) Le livre que vous avez lu le plus rapidement ? Le plus lentement ?
Très vite : L'étranger de Camus, qui m'a profondément dépitée. Très lentement : L'Homme sans qualités. Par bonheur de ne pas le terminer. D'ailleurs, même quand on l'a fini, il n'est même pas terminé.
11) Préférez-vous les éditions de poche aux originales ? Pourquoi ?
Minute, comment osez-vous supposer que des livres traînent chez moi?
13) Quel est votre rapport physique à la lecture ? Debout ? Assis ? Couché ?
14) Vos lectures sont-elles commentées crayon en main ?
15) Offrez-vous des livres ?
Beaucoup trop. En plus, les gens ne les lisent même pas. Bande d'ingrats.
16) La plus belle dédicace, que ce soit de l'auteur ou de la personne qui vous l'offrit ?
J'en ai plusieurs en tête, mais cela n'a pas grand sens sur un espace public.
17) Quel est votre rapport sensuel au livre ? (Odeur, texture, etc.)
On se calme: un livre c'est fait pour lire.
18) Quels sont les auteurs dont vous avez lu les oeuvres intégrales ?
19) Un livre qui vous a particulièrement fait rire ?

Allez, un troisième: Tess d'Hurberville de Hardy.
Tess d'Hurberville, une nouvelle fois!
22) Le livre qui vous a fait pleurer ?
23) L'avertissement / l'introduction qui vous a le plus marqué ?

Der mahn onne eigenchaften.
25) Décrivez votre bibliothèque.
Aussi belle, intelligente, snob, incongrue, débordante et en chantier que sa propriétaire.
26) Les livres dont vous vous êtes finalement débarrassé ?
27) L'endroit le plus insolite où vous lisez ?
Je ne suis pas très téméraire en la matière.
28) Il ne vous reste que trois jours à vivre : que souhaitez-vous lire ou relire ?
29) Votre livre d'art préféré ?

Henri Gaudier-Brezka par Ezra Pound (on est snob, ou on ne l'est pas).
30) La bibliothèque idéale ?
Celle que je parcours mentalement sans cesse.
31) L'incipit qui vous a le plus marquée ?
32 ) La clausule qui vous a le plus marqué ?
Celle de Mrs Dalloway, la lumineuse évidence du sentiment amoureux.
Et puisque c'est à moi de taguer, je vais enquiquiner ma petite bande, advienne que pourra: Camille, Inactuel, Jean-Baptiste - même si j'ai déjà quelques idées à son propos. Je l'adresse aussi à Chloé mais elle ne me lit pas.
Et à Gilles (tu as cru y échapper?)
Publié par
Sémiramis
à
12:00
10
commentaires
Libellés : Littérature
15 juillet 2008
Les étoiles du Hyatt
Au bar, on boit des cocktails exceptionnels (j'ai testé un Frozen framboises fraîches, cognac, jus de citron et sirop de pistache). Mais gare à ne pas arriver trop tard: les places sont non seulement chères mais aussi rares!

Si le temps le permet, on peut aussi profiter du patio.


Première épreuve, choisir un cocktail. Tentés par les smoothies "Healthy", malheureusement servis jusqu'à 20h, nous nous rabattons sagement sur un ice tea framboise violette et un Virgin mojito - sans alcool. Il fallait bien garder la tête froide pour se débattre avec la carte. Boutons de culottes, mourron, agneau, homard - plus de homard, sans quoi nous aurions fait des folies. La solution de facilité semble de pencher vers le menu dégustation, accompagné d'un verre de Mercurey rouge préconisé par le sommelier.
Commence alors une valse de plats incroyables, beaux, bons, très bons, et très beaux, délicieux, entrecoupés de mises en bouches raffinées et ponctués de surprises gustatives. Apothéose au moment du dessert avec une avalanche de plats de toutes les couleurs, chocolat, abricot - amandes, fraises - panacotta - gaufrettes roses, macarons acidulés - cerises, nous sommes dépassés par les évènements et par notre gourmandise!
N'ayez pas peur, je n'oublie pas mes origines: j'ai bien noté que la splendide porcelaine Jaune de Chrome du restaurant arrive tout droit de... Tivernon!
Publié par
Sémiramis
à
19:36
9
commentaires
Libellés : Paris forever
09 juillet 2008
Snobing Hall


Demain soir je serai dans cette cour parfaitement the-place-to-be pour un cocktail décadent. Paris, forever!

Cela pourrait être le début d'une série d'été, comme en commettent tous les journaux sérieux, sur les palaces parisiens. Ou bien sur le Paris bling bling. Un été de luxe, si vous n'avez pas de vacances: qu'importe, les vacances viennent à vous. Et surtout, charité bien ordonné commençant par moi-même, à MOI.
En fait de 4 étoiles, celui-ci est comme il se doit en plein triangle d'or. Ancien hôtel particulier du général américain Pershing, le beau bâtiment aux détails architecturaux savoureux (regardez bien la façade, depuis le trottoir d'en face) a été relooké par la designer star Andrée Putman.
Rideaux de perles, lumières très très très tamisées, mur végétal somptueux qui conduit le regard vers le ciel parisien coincé entre les parois du patio. So concept!
On s'y montre, on y mange chic, on y festoie loungement, on y brunche le lendemain, accessoirement, on y va aux réunions SFAF.

Publié par
Sémiramis
à
23:25
14
commentaires
Libellés : Décadence, Paris forever
07 juillet 2008
On s'encanaille
Pour légitimer cette promotion, je fais quelques essai de prosélytisme réactionnaire: allez, je me lance.
Sous les pavés, les pages
Sois jeune et tais-toi (au premier degré)
Il est interdit de s'abrutir
Ne prenez plus l'ascenseur (il est en panne)
Publié par
Sémiramis
à
19:51
29
commentaires
Libellés : Décadence
06 juillet 2008
La vie des morts
J'ai dû me rendre à Bar le Duc pour mon travail, occasion pour moi de découvrir pour quelques heures une région française dont j'ignore à peu près tout, la Lorraine - en l'occurence ici le département de la Meuse. Désormais accessible par le biais du TGV Est, on souhaite à la petite cité barisienne, où sont encore bien sensibles les plaies de 1914-18, de profiter de cette desserte; mais elle ne retrouvera certainement jamais l'éclat dont l'échiquier géopolitique de la renaissance la fit resplendir...
Ayant passé trop de temps autour des pots de caviar barisiens, nous n'avons pas pu monter dans la "ville haute" qui semble abriter un bel ensemble architectural renaissant. J'ai été relativement frustrée de ne pas pouvoir découvrir (en chair et en os s'entend, ah ah ah), l'autre curiosité unique au monde de la bourgade, le transi de René de Chalon, cénotaphe du prince d'Orange abrité dans l'église St Etienne.
O viateur, qui d’amour souvereine,
En son vivant, ayma le Signeur Dieu :
Charles Cesar, et Anne de Lorreine,
A Dieu rendit l’ame pure et sereine,
Qui de sa main le fit et composa.
Le cœur surpris de mortelle avanture,
En ce lieu propre ou Anne il espousa,
Pour son confort est mis en sepulture.
(Louis des Mazures, 1557)
Selon les photos de l'époque, René de Châlons ressemblait plutôt à ça:


Cette étonnante représentation est en tout cas un canon de l'époque, dont j'ignorais tout et qui me passionne : on l'appelle "transi". "Transi" car "transi de vie", trépassé: la représentation des gisants sous une forme très réaliste, desséchés, décharnés, pourrissants, apparaît au XIVème siècle, suite à la Guerre de Cent ans. Guerre, famine et peste ont alors bien fait le ménage et la population vit avec la mort pour quotidien. Parmi ces cadavres peu ragoûtants, notre René se fait remarquer, pour son optimisme: il est le seul transi en position debout que l'on connaisse au monde, et il brandit fièrement son coeur exposé à tous les regards.
Chose amusante, cette oeuvre a été reproduite par l'inoffensif sculpteur animalier bourguignon François Pompon, pour le monument funéraire du poète Henry Bataille qui lui consacra un poème. La représentation, qui trahit la science anatomique de son auteur, évoque avec puissance certains chapitres de l'Ancien Testament, tel celui de Job
ou encore les pages d'Ezechiel déjà citées sur ce site:« Mes chairs se sont consumées, ma peau s’est collée sur mes os… mais je crois que mon Rédempteur est vivant et qu’au dernier jour je ressusciterai de la terre »Job 19, 25 et sq.
"La main du Seigneur se posa sur moi, son esprit m'emporta, et je me trouvai au milieu d'une vallée qui était pleine d'ossements. Il m'en fit faire le tour ; le sol de la vallée en était couvert, et ils étaient tout à fait desséchés. Alors le Seigneur me dit : « Fils d'homme, ces ossements peuvent-ils revivre ? » Je lui répondis : « Seigneur Dieu, c'est toi qui le sais ! »Il me dit alors : « Prononce un oracle sur ces ossements. Tu vas leur dire : Ossements desséchés, écoutez la parole du Seigneur :Je vais faire entrer en vous l'esprit, et vous vivrez. Je vais mettre sur vous des nerfs, vous couvrir de chair, et vous revêtir de peau ; je vous donnerai l'esprit, et vous vivrez. Alors vous saurez que je suis le Seigneur. »"Ezéchiel, 37 1 et sq.
La puissance de la foi en la résurrection rayonne de cette oeuvre, et le transi fièrement dressé semble crier depuis les tréfonds de la mort:
Publié par
Sémiramis
à
18:10
10
commentaires
Libellés : Ancien Testament, Douce France, Musées
27 juin 2008
Repenser l'Eglise

Cette Confession d'un Cardinal est a priori un ouvrage assez mystérieux. Son auteur, Olivier Le Gendre, est un journaliste bien ancré dans le milieu catholique. Il se met en scène dans l'ouvrage, racontant avoir été contacté par une éminence grise (car anonyme!), cardinal désormais en retraite, dans le but de rédiger ses mémoires. Première question: s'agit-il d'un procédé littéraire pur et simple, permettant à l'auteur de donner une certaine autorité à son propos, ou bien d'une forme de transcription d'échanges que l'auteur aurait eus avec divers responsables catholiques? Mystère. Certains voient derrière l'ouvrage une influence du courant réformiste du Vatican: un vrai cardinal, Mgr Silvestrini, serait à son origine. Le texte est en tous cas précis sur de nombreux sujets confidentiels et il semble excessif de crier à l'invention pure: l'auteur est de toute évidence bien informé et à mes yeux trop fervent catholique pour sombrer dans un délire mystificateur!
L'intérêt de la présence "romanesque" - car ce texte, dont le fond tient plutôt de l'essai, se lit comme un vrai roman - de la présence de ces deux personnages, tient à la mise en scène d'une conversion initiatique. Le procédé est artificiel puisque le narrateur, censé être catholique et plutôt cultivé, a souvent des réactions étonnamment naïves - pour ne pas dire carrément basiques. Autant dire que l'ensemble manque sérieusement de naturel, mais cela n'a que peu d'importance. Car cette image grossière du "candide" qui dialogue avec l'homme sage, vieillard expérimenté, qui a connu les sphères les plus hautes du pouvoir - la curie romaine, tout de même - renvoie à un modèle que nous connaissons bien: celui du dialogue philosophique. Instruit progressivement par les propos du cardinal, qui passent du cours d'histoire réinterprété aux anecdotes lourdes de sens, au témoignage à proprement parler sur ses propres expériences de vie spirituelle et active, en passant par le partage de certains moments - la prière dans le quartier des bordels, le narrateur - surpris, bousculé, choqué même parfois - accède progressivement à une conception renouvelée de l'Eglise Catholique.
L'intention du cardinal était donc strictement maïeutique: il désirait donc faire jaillir, dans le coeur de son interlocuteur, la conviction qu'il voulait lui faire partager: celle que l'Eglise Catholique est une formidable puissance de vie et d'amour, et que les erreurs et les héritages trop lourds à porter ne doivent pas empêcher les chrétiens de la faire vivre, revivre, sous une forme adaptée à notre temps. Car le regard du vieux cardinal est sans complaisance - à vrai dire, réaliste et pragmatique. Une des forces de cet ouvrage est de proposer une analyse de la situation actuelle de l'Eglise romaine, cherchant les racines du mal et établissant un tableau assez noir - mais cette critique est profondément bienveillante et aimante. Il est absurde de nier que la plupart des constats établis au sein du dialogue sont profondément justes - quoique délicats à entendre - et que les affronter courageusement est la seule solution possible pour faire vivre l'Eglise du Christ. Constats justes et ton juste, car plein de douceur et d'honnêteté.
Alors, que faire de l'Eglise? Ce livre ne m'a vraiment pas soulagée, quoique j'y aie retrouvé les convictions profondes qui m'habitent. De fait, c'est probablement parce qu'il est venu confirmer mes constats et mes idées qu'il me pèse. Je sais depuis que je suis baptisée que l'Eglise est une, sainte, catholique et apostolique, et j'y crois avec passion. J'aime le pape et ne tolère pas qu'on se dise catholique et qu'on le rejette. Aimer le pape n'implique pas de l'idolâtrer, heureusement - mais se dire catholique sans reconnaître l'autorité du successeur de Pierre me semble problématique. Mon amour inconditionnel pour l'Eglise, mystique et institutionnelle - car elles sont liées - ne m'empêche pas d'être assez lucide pour reconnaître que l'Eglise institutionnelle est sur une pente décadente, ce que le livre exprime clairement. J'aurais de mon côté tendance à penser que la décadence de l'Eglise est consubstantiellement liée à celle de la civilisation occidentale qu'elle a structurée depuis 2 000 ans; mais c'est là un tout autrement vaste problème.
Quoiqu'il en soit, il faut accepter l'évidence: l'Eglise en France est un corps moribond. Tant de paroisses pour si peu de fidèles, tant d'efforts si vains par quelques poignées de "laïcs" actifs, pour maintenir une activité paroissiale qui contente quelques vieillards et repousse tout le monde. Le système paroissial est mort, il est sous perfusion, personne n'a le courage de l'euthanasier - ce serait signer l'arrêt de mort d'un système diocésain qui repose sur les communautés locales! Quand il n'y aura plus du tout de communautés locales dans les campagnes - où il n'y a déjà plus de jeunes générations en général, que quelques groupes subsisteront dans les villes, il faudra pourtant s'y résoudre.
Tant d'efforts vains et de bonnes intentions pour si peu de résultats spirituellement porteurs. Tant de soucis sur des détails et si peu de souci du royaume de Dieu. Tant de dimanches où l'on se rend à la messe le coeur joyeux et où l'on en sort meurtri, avec le sentiment d'une rencontre gâchée. Tant de sermons d'une médiocrité intellectuelle stupéfiante, quand ce n'est pas d'un didactisme moral effrayant. Tant de bons sentiments dégoulinants et si peu d'efficacité opérationnelle. Tant de rigidité morale et si peu d'accueil. Tant de bonne conscience et d'illusion, de persévérance dans la vanité d'un système MORT! C'est triste de le reconnaître, mais je n'enverrais jamais quelqu'un qui me dit chercher Dieu dans mon église, j'aurais trop peur qu'il s'y perde.
Avant même de recevoir les sacrements, j'ai été convaincue du fait que, si les sacrements nous lient à Dieu, Dieu n'est pas lié par ses sacrements. Dieu se donne à nous et nous nous donnons à Lui - mystérieux échange sacramentel - dans toutes les sphères de notre existence: relations, travail, vie de l'esprit qui contemple la beauté du monde et éprouve son harmonie dans l'exercice de son intelligence, dans la contemplation de la nature, et même des oeuvres d'art, l'écoute attentive de la musique... La participation aux sacrements de l'Eglise est absolument fondamentale, mais elle ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt des multitudes de rencontre avec Dieu que nous propose notre vie entière! Alors, alors, que faire?
Vivre sa vie sur le mode d'une rencontre, sur un mode eucharistique, et laisser le corps de l'Eglise qu'on aime agoniser pathétiquement faute d'avoir voulu se remettre en route, se tourner vers l'avenir?
Confession d'un Cardinal, Olivier Le Gendre, éd. JC Lattès, 2007, 413 pages - 18 € 50.
Publié par
Sémiramis
à
13:17
44
commentaires
Libellés : Ecclésiologie, Littérature
22 juin 2008
Mt 25, 14-30 - L'esprit du capitalisme
Pour Gilles

Pas beaucoup d'inspiration en ce moment pour de grandes envolées théologiques. Néanmoins, après avoir discuté plusieurs fois de la parabole des talents, je suis retombée sur ce texte au hasard de mon travail. En le relisant avec des yeux tout neufs, je me suis beaucoup amusée. Traditionnellement connu pour avoir été interprété comme une justification du capitalisme, il renvoie également à une idée de l'homme et à une conception de Dieu qui ne sont pas spontanément celles que l'ont croirait être chrétiennes...
L'histoire met en scène un maître qui part en voyage. Pas besoin de se creuser la tête bien longtemps pour comprendre que le maître, c'est Dieu. Mais la signification de ce retrait est plus subtile. Le maître, quittant la maison où il régnait jusqu'alors, confie "sa fortune" à ses serviteurs. Il leur confie sa maison, et tout ce qu'il possède : c'est à dire huit talents d'or. Arrêtons-nous d'abord sur l'ampleur de la somme en jeu - avant d'interroger la polysémie amusante du terme. Un talent de l'époque correspond à une valeur de 6 000 deniers; un denier de l'époque, lui, correspond à une journée de travail ouvrier. Alors, faites un rapide calcul : huit talents fois 6 000 deniers, 6000 divisé par 365 jours ; arrondissez un peu au dessus pour compter les jours fériés et le repos du sabbat... Vous constatez que la fortune en jeu est considérable puisqu'elle correspond à l'équivalent de dix-sept années de travail.
Quel est le voyage qui appelle le maître? Pourquoi est-il contraint de laisser une telle fortune à des serviteurs? Je pense que ce retrait du maître évoque le retrait de Dieu. Dieu tout-puissant s'est retiré du monde qu'il a créé - condition nécessaire à l'autonomie et à la liberté de l'homme! Abandonnant sa "main-mise" sur les trésors que renferment le monde, Dieu n'abandonne pourtant pas la création. Il la confie. Et c'est sensiblement différent. Il la confie aux hommes et perd toute capacité d'intervenir sur leur action. Pas de miracle, pas de récompense, pas malédiction ni d'élection - on réglera les comptes plus tard.
Imaginons l'ampleur de la responsabilité des serviteurs - l'angoisse, la panique peut-être - qui reçoivent en dépôt l'équivalent de dix-sept années de leur propre labeur. Heureusement, le maître confie avec discernement: à l'un, il donne cinq talents, à l'autre deux - au dernier, un seul. "A chacun selon ses capacités" nous dit saint Matthieu. Bonne nouvelle; ça veut dire que tous les serviteurs sont capables. Chacun aura sa part du capital en gestion. Oui, mais pas vraiment la même part. Là, ça coince aux entournures. Non seulement Dieu n'intervient plus dans le monde et laisse les hommes se débrouiller, mais en plus, il fait des discriminations! Il y aurait de quoi saisir la Halde tant c'est politiquement incorrect! En présentant une juste mais inéquitable répartition des responsabilités, l'évangile souligne pudiquement que l'inégalité entre les capacités des hommes n'a rien à voir avec l'injustice - confusion malheureusement courante. Malgré tout, même le moins "capable" des trois serviteurs se voit chargé d'une fortune considérable et d'une responsabilité qui ne l'est pas moins.
Outre la valeur monétaire de ces "talents" gardons en tête le deuxième sens du terme. Le texte semble bien indiquer - et d'autant plus clairement dans sa traduction française - que les moyens confiés par Dieu concernent tout autant des espèces sonnantes que des potentialités incorporelles. Dieu n'étant plus en possession de son patrimoine - le monde, considérons donc qu'il se trouve entre nos mains, mais chacun selon ses capacités - reste à savoir quelles sont-elles. L'avenir du monde repose entre nos mains - aïe, c'est lourd. L'évangile souligne donc à travers l'évocation de l'humanité dans ces trois serviteurs que chaque homme reçoit une partie du trésor de Dieu. Une partie de la création. Des dons. Et puis, il y a aussi l'argent, dont il faut bien s'accommoder. L'argent comme les différents charismes, nous indique saint Matthieu, sont fait pour fructifier:
"Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents alla les faire produire et en gagna cinq autres. De même celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres".
Au bout d'un moment - "un long temps", le maître est de retour. Perspective eschatologique dans laquelle s'inscrit pleinement l'extrait de l'évangile, situé entre la parabole des vierges sages et celle du jugement dernier! Ne nous méprenons donc pas: Dieu s'est retiré, il est absent de la création sur laquelle il a souhaité ne plus intervenir - sur laquelle il nous a laissé tout pouvoir, nous confiant les clef de la maison et la gestion du patrimoine. Dieu s'est retiré mais au terme de l'histoire, il reprendra la main - au moment où nous la lui redonnerons? Le maître revient donc et il règle ses comptes avec ses serviteurs. Et là, nouvelle surprise; la justice n'est pas celle que l'on attendait...
"Celui qui avait reçu les cinq talents s'avança et présenta cinq autres talents: Seigneur, dit-il, tu m'as remis cinq talents: voici cinq autres talents que j'ai gagnés. - C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai; entre dans la joie de ton seigneur. Vint ensuite celui qui avait reçu deux talents: Seigneur, dit-il, tu m'as remis deux talents: voici deux autres talents que j'ai gagnés. - C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai; entre dans la joie de ton seigneur"Spontanément, on se dit que le maître exagère. Quand même, le retour sur son placement n'est pas si mauvais; pourquoi "en peu de chose"? Probablement parce que la confiance placée par le maître dans ses serviteurs était à la mesure de ce qu'ils ont réalisés. Il n'en attendait pas moins d'eux - peut-être sait-il aussi qu'ils ne pouvaient pas en faire plus, car le plus, c'est lui qui le donne: "sur beaucoup je t'établirai". Peu importe, les deux serviteurs ont contribué à la fortune du maître - ils ont fait la leur puisque "la joie" leur est promise. Et cette joie ne se monnaye plus en journées de travail, elle dépasse toute mesure... Notons d'ailleurs que, si la répartition des talents n'était pas équitable, la joie promise - totale - est la même pour tous les deux.
En revanche, pour le troisième serviteur le temps se gâte.
"Vint enfin celui qui détenait un seul talent: Seigneur, dit-il, j'ai appris à te connaître pour un homme âpre au gain: tu moissonnes où tu n'as point semé, et tu ramasses où tu n'as rien répandu. Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre: le voici, tu as ton bien"N'ayant pas fait fructifier le bien du maître, le serviteur cherche à se justifier - il essaie en fait d'inverser le processus et de lui-même régler ses comptes avec son maître. Il lui reproche son âpreté au gain et se réfugie derrière l'excuse de la peur, tout en se pensant quitte, puisqu'il restitue au maître son talent intact. Sous-entendu: après tout, j'aurais pu aller le jouer au PMU - et surtout, ce n'était pas vraiment mes affaires, mais les tiennes; j'en suis maintenant débarassé. Evidemment, ce déni de responsabilité n'est au goût du maître.
"Mais son maître lui répondit: Serviteur mauvais et paresseux! tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je ramasse où je n'ai rien répandu? Eh bien! tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt"
"Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car à tout homme qui a, l'on donnera et il aura du surplus; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera ce qu'il a"
On se croit alors au sommet de l'injustice. Soit un Dieu censé être bon, juste et aimer tout le monde autant et beaucoup, qui se fâche tout rouge et retire à celui auquel il a le moins donné le peu qu'il lui a octroyé, pour en nantir le mieux loti - et de promettre solennellement la richesse aux riches et la pauvreté aux pauvres! On marche sur la tête. En réalité, la punition du serviteur lui vient moins du courroux du maître que de son propre refus de servir, d'accroître la fortune - et de faire ce qu'il avait à faire. Enfouissant en terre le talent, il a considéré qu'il n'avait pas de part à cette fortune, à laquelle le maître voulait pourtant, finalement, le faire participer.
"Et ce propre-à-rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres: là seront les pleurs et les grincements de dents"
Publié par
Sémiramis
à
16:39
27
commentaires
17 juin 2008
A qui de droit
Chagall à Nice, et le final de Mrs Dalloway, Virginia Woolf.
"J'arrive" dit Peter, mais il ne se leva pas tout de suite. Qu'est-ce que c'est que cette terreur? Qu'est-ce que c'est que cette extase? se demanda-t-il. Qu'est-ce qui peut bien me remplir de ce sentiment d'exaltation?
C'est Clarissa, dit-il.
Et justement, elle était là.
Publié par
Sémiramis
à
21:49
12
commentaires
14 juin 2008
Promenade à vide
" L'expérience finalement, c'est vous, le visiteur, et pas la sculpture. L'interaction qu'elle opère avec votre perception."
"Je n'aime pas dans la sculpture l'idée de narration. Représenter un cheval en bronze et dire que c'est la réalité n'est-ce pas absurde ? En venant ici, au Grand Palais, il n'est pas nécessaire de connaître quoi que ce soit. La pièce ne fait pas référence à quelque chose qu'on connaîtrait déjà. Il suffit de marcher. Et de faire l'expérience. Pas de signification : le sens de l'oeuvre, c'est son effet sur vous. "Curieuse expérience que celle d'une oeuvre dont il est évident d'emblée qu'elle est vide de tout sens, qu'elle appelle une expérience. Il me semble que l'art contemporain s'adresse de façon privilégiée à l'expérience, cherchant à frapper les sens et le corps du spectateur en dehors de toute démarche rationnellement conceptualisable, cherchant à susciter une sorte de vertige - peut-être métaphysique. Mais pour moi, le vertige n'était pas au rendez-vous au Grand Palais et mon intérêt curieux est resté poli sans enthousiasme.
J'aurais néanmoins apprécié de découvrir physiquement certaines oeuvres que l'on m'a présentées en photos, moins verticales (dont le fameux Clara-Clara de la place de la Concorde), dont il me semble qu'elles partageaient l'espace d'une façon extrêmement inquiétante, et conduisaient le corps du spectateur en elles avec beaucoup de violence.
Publié par
Sémiramis
à
10:25
16
commentaires
Libellés : Musées
11 juin 2008
D'un piano à l'autre


En l'occurence, c'est la jeune pianiste arménienne Varduhi Yeritsyan qui interprétait dimanche la fameuse pièce de Schubert en compagnie du violoncelliste Giorgi Kharadzé, sous le regard bienveillant de Maximilien de Béthune statufié en sa demeure ligérienne. L'interprétation tout autant que le charme de l'ancienne élève de Brigitte Engerer nous a séduits.
Un petit tour dans la cour du chateau ensoleillé et hop, nouveau moment de bonheur avec la sonate n°1 en mi mineur, opus 38, de Brahms. Après les soupirs déchirants de Schubert, l'exaltation brahmsienne emplit l'espace sonore et sature l'âme tout épuisée de ce bonheur musical!
La veille, nous écoutions à Orléans l'orchestre des London Mozart Players, dirigé par Nicolae Modeveanu, pour un programme plus éclectique - et tarte à la crème : ouverture des Noces de Mozart, concerto n°3 en ut mineur, opus 37, de Beethoven et la symphonie "italienne", n°4 en la majeur opus 90 de Mendelssohn, bien légère et un peu frustrante. Là encore nous avons admiré le pianiste, encore un jeune plein d'avenir, Ilia Rachkvoski. La programmation sans cohérence m'a tout de même déçue et j'ai repensé avec nostalgie au moment unique de l'année passée... Fureur et mystère.

Publié par
Sémiramis
à
20:06
5
commentaires