Depuis les plaintes légitimes de l'ami tarte sur la longueur de ma prose, je m'applique à ne pas vous asséner de trop longs posts. Cependant, les réalités de la vie sont complexes, et il faut bien des palabres pour donner une juste idée de quelque chose. Je me vois donc amenée à redonner quelques précisions sur la notion d'athéisme sur laquelle je passais rapidement ce matin. Je précise que sur ce point comme sur beaucoup, je suis entièrement redevable à Emmanuel Falque, qui a décidément tout compris, et nous aide à considérer le monde contemporain avec les yeux de la Sagesse - qui sont deux! celui de la foi, celui de la raison!
Il me semble que la valeur de l'athéisme, dit "purificateur" par Simone Weil, se mesure par rapport à l'idée du tragique. Je reprends quelques notions nietzschéennes là encore: car il s'agit bien du reproche que Nietzsche fait aux chrétiens, celui de fuir devant le poids tragique de l'existence en se construisant des fictions rassurantes: les fameux "arrières mondes", et des "artifices et des petites boissons sanglantes"... Nietzsche veut souligner le fait que la grandeur de l'homme se trouve dans l'acte libre du consentement à ce tragique, non dans la fuite et l'esclavage consenti envers un Dieu fictif et une religion qui méprise la vie. C'est en ce sens que pour lui, le christianisme méprise la vie: il nie cette existence tragique, terrestre, au profit de "l'au delà"... Le Christ crucifié est "malédiction de la vie"! A partir de là, il appelle de ses voeux l'homme qui est affirmation devant l'existence "le grand oui": le Surhomme contre le Ressuscité.
Mais la foi chrétienne est-elle négation du tragique de l'existence? Certes non, elle n'est pas un refuge devant la souffrance, mais au contraire, le lieu de sa transfiguration dans l'acte d'offrande christique. Avoir la foi ne préserve pas dans la souffrance - ou alors, il ne s'agit plus de foi mais d'un état pathologique, qu'en est-il du sens du tragique? Peut-être sommes nous portés, grâce à la belle vertu théologale d'espérance, à voir toujours au-delà des limites de ce monde; car nous voyons les réalités actuelles avec les yeux de la foi, qui nous donnent à voir des réalités surnaturelles! Aussi est-il sans doute vrai d'affirmer que le sens du tragique n'est pas une spécificité chrétienne. C'est ce que l'athéisme vient nous rappeller: la grandeur de l'homme dans sa finitude, l'homme seul comme disait Montaigne.
J'insiste sur cette idée, car si nous voulons parler de Dieu ou penser Dieu dans le monde moderne, c'est de cet homme seul qu'il faut partir; je reprends à mon compte les indications d'Emmanuel Falque sur ce point: il faut quitter une théologie du surplomb, qui part du présupposé de Dieu. Il nous faut prendre le chemin de l'homme pour aller à Dieu... puisque Dieu a pris le chemin de l'homme pour se révéler!